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La Bible et la vie> Paul et les femmes (1 Co 11,1-16) |
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[Si vous vous servez de ce texte, merci d'en indiquer la source] L'un des problèmes que soulève aujourd'hui la lecture des épîtres de Paul, c'est qu'il faut, peut-être plus que pour n'importe quel autre écrit biblique, oublier le sort que leur ont réservé traducteurs et commentateurs. Un exemple parmi beaucoup d'autres, tiré du texte qui m'intéresse aujourd'hui. Voici comment la première édition de la TOB traduisait le v.10 : "Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance, à cause des anges". Et une note précisait, à propos du mot dépendance : "Littéralement une puissance, c'est-à-dire un signe de la puissance maritale (c'est du moins une des interprétations possibles de ce texte obscur)". Seize ans plus tard, la traduction devenait : "Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête une marque d'autorité " Et la note : "On a longtemps interprété cette autorité comme celle qu'un mari exerce sur sa femme. Or, dans le NT, ce terme ne désigne jamais un pouvoir subi, mais un pouvoir exercé (souvent par délégation de Dieu ou de Christ). Si l'aspect concret de l'exhortation de Paul reste obscur etc." Décidément, les éditeurs de la TOB ont tendance à voir de l'obscurité dans des choses parfaitement claires. D'autres obscurités ont besoin d'éclairage. Un seul terme grec recouvre les mots français "chef" et "tête". Littéralement, on devrait traduire le v. 3 ainsi : "la tête de tout homme, c'est le Christ ; la tête de la femme, c'est l'homme ; la tête du Christ, c'est Dieu." Tous les problèmes posés par ce verset étrange n'en sont pas résolus pour autant, mais au moins on peut ainsi prendre distance avec la lecture hiérarchique traditionnelle. Cette lecture ne tient pas la route, car elle part d'un préalable qui contredit ce que Paul écrit d'ordinaire : Jésus Christ, dans ses épîtres, n'est pas décrit comme un subordonné de Dieu. Paul affirme ici une analogie entre la relation qui unit le Christ à Dieu et celle qui s'établit entre les hommes et les femmes. Il rejoint ici un texte de la Genèse qu'il ne cite pas : "A l'image de Dieu il les créa, hommes et femmes il les créa" (Gn1,27). Dieu ressemble à ce qui lie les hommes et les femmes, au lien qui s'établit entre les hommes et les femmes Non pas hiérarchie, mais amour et respect mutuel. Par ailleurs, la TOB (comme d'ailleurs les autres traductions) parle abondamment du voile. Terme absent du texte grec de ce chapitre Paul parle d'un vêtement, ou d'un manteau. A quoi donc sert de se couvrir ? A se protéger du chaud, du froid, du vent, du soleil ; mais aussi des regards indiscrets, intrusifs, ou jugeant. A vêtir et à embellir. Les vêtements servent aussi à manifester une identité, une appartenance ; à se différencier. Paul s'appuie ici sur l'une des valeurs de base de sa tradition, pour laquelle il importe que chacun soit "saint", c'est-à-dire unique, impossible à confondre avec l'autre. Avec l'autre sexe ou avec l'autre peuple. Rien là d'humiliant pour l'autre : à chacun sa place, son identité, son être, que nul ne peut lui voler. Etre différent ne veut pas dire être inférieur ! A chacun donc son vêtement, et sa tenue corporelle. Aux femmes les cheveux longs, comme parure et protection ; aux hommes la chevelure coupée. Aux femmes un vêtement qui couvre jusqu'à la tête. A chacun et à chacune sa place propre dans le tissu des liens communautaires et dans la relation à Dieu. La parure va aussi distinguer les prophétesses chrétiennes des prêtresses et prophétesses de cultes païens, entre autres celles qui servaient la déesse Cybèle, en transe, cheveux dénoués. Dans l'ensemble de la première lettre aux Corinthiens, Paul encourage la communauté à résister aux tentations de cultiver les extases et les manifestations mystiques spectaculaires. A son avis, le culte doit se célébrer avec ordre ; non pas par goût de la discipline ou de l'austérité, mais au nom du respect de chacun, et pour que chacun et chacune ait sa place. La suite du chapitre 11, à propos de la célébration de la Cène, le montre bien. Et les anges ? Que viennent-ils donc faire là ? Paul ne les considère pas forcément comme des êtres bienfaisants, et certainement pas comme des êtres supérieurs, puisque "nous les jugerons" (1 Co 6,3), et qu'ils appartiennent à ce monde mystérieux dont il vaut mieux se préserver, mais qui ne pourra en aucune circonstance nous séparer de l'amour de Dieu (Ro 8,38). Les anges peuvent être messagers de Dieu ou de Satan, c'est selon. Peut-être Paul conseille-t-il aux prophétesses de se protéger d'anges qui pourraient avoir à leur endroit des intentions malveillantes ? Ou de se dissimuler aux regards de ces créatures appartenant à une autre sphère ? Quoi qu'il en soit, la mention des anges, comme le rappel de la création
ou l'analogie avec la relation entre le Christ et Dieu, sert le dessein
de Paul : faire place aux femmes, et définir les conditions qui
lui paraissent optimales pour qu'elles puissent occuper cette place. Il
y aurait bien sûr beaucoup à dire sur l'exégèse
que font de Gn 2 Paul et ses contemporains. Une autre fois peut-être
Ce qui est sûr, c'est que Paul reconnaît aux femmes le droit
de prendre la parole dans la communauté, pour prier (exprimer à
voix haute devant Dieu la prière de la communauté) et pour
prophétiser (parler à la communauté au nom de Dieu).
Il les y encourage, en affirmant que le vêtement dont elle se pare
les couronne d'autorité, de cette autorité que seul Dieu
peut conférer.
Yolande Nicole Boinnard (Ce texte est issu d'une recherche de groupe, entreprise autour de 1 Co 8 – 11 par une équipe de biblistes animateurs et animatrices, sous la conduite de Corina Combet-Galland, professeure de NT à la faculté de théologie réformée de Paris.) © Yolande Nicole Boinnard, 2007 |
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